L’Envol des Mots

Philippe Béhin-Stroud, écrivain public.

Les Damnés de la Terre



Prisonnier de l’abysse, au fond des océans
Est un monde ignoré qui jamais ne connait
Ni ombre ni rayons, et dont le noir parfait
N’est troublé par l’appât qu’endéans un instant.

Dans ces enfers marines que colonisent muets
Sous la pression extrême cet univers entier
D’étranges créatures il faut se méfier
De la moindre clarté d’un tueur aux aguets.

Loin des fosses glacées, aux paradis terrestres
Sous les azurs mouillés ou les ciels sans nuages
Survivent les parias qu’âprement on séquestre
Dans un labeur sans fin, peu importe leurs âges.

Leurs existences mêmes semblent sans intérêt
Aux yeux des ignorants comme des bien-pensants
Qui voient dans les ailleurs, ô mot dépaysant !
Les vestiges d’Eden aux merveilleux attraits.

Pareils aux habitants de ces grands-fonds déserts
Les damnés de la terre, sous les soleils noyés
Accablés de menaces sont comme eux innommés
Ignorés de la foule, fière de ses œillères.

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