Non, je ne vais pas vous parler du succès de Passi et Calogero (peut-être une autre fois ?), mais bien de la dernière demeure de l’illustre homme de lettre et politicien français, François-René de Châteaubriand. Certes, ses écrits, présents dans toutes les bibliothèques au XIXème siècle, sont aujourd’hui un peu passés de mode et peu de Français, je crois, l’ont lu, si ce n’est parfois au lycée. Pourtant sa renommée a traversé le temps, et ils sont encore relativement nombreux, ceux qui viennent visiter ce tombeau battu par les embruns, que Paul Valéry lui-même n’aurait peut-être pas dédaigné, en témoignent les nombreux galets déposés comme un modeste hommage.
De prime abord, le Grand Bé est un peu dénué de charme. Cet îlot rocheux paraît même bien inhospitalier. Le choix du lieu, par Châteaubriand lui-même, dit-on, est assez déroutant. Bien-sûr il est guidé par ses origines malouines, mais il lui aurait sans doute été possible de trouver un emplacement plus verdoyant. Ce Golgotha maritime, facilement accessible à marée basse depuis la vieille cité de Saint-Malot, a de plus dû subir les affres de la guerre, ce qui est aisément perceptible aujourd’hui encore. Si ce n’était la très belle vue sur la cité corsaire, je dois avouer ne pas avoir été enthousiasmé par ce petit croissant de terre jeté à un quelques centaines de mètres de la ville. La visite, pour autant, n’est pas dénuée d’intérêt historique.

Parvenu à la côte nord, on découvre la fameuse tombe. Très sobre, elle était encore parfaitement accessible lors de ma visite, il y a plusieurs années de cela. Cette simplicité affectée, incitera Jean-Paul Sartre (rapporte Simone de Beauvoir) à « pisser dessus » (oh, le grand philosophe que voilà !) en signe de mépris pour ce tombeau « si ridiculement pompeux dans sa fausse simplicité ». L’édifice, assez laid au demeurant, a pourtant un petit quelque chose de magique. Jadis entièrement entouré par une sorte d’enclos néogothique, le tombeau est aujourd’hui ouvert sur la mer depuis le remplacement de celui-ci par une barrière de pierre et de métal au style indéfinissable, mais d’une humilité qui aurait sans doute plu au grand homme. La tombe elle-même, faite de pierre grise, sans inscription aucune, est atemporelle. Endommagée en août et septembre 1944 par les chapelets de bombes américaines dont Saint-Malot et les autres iles de la « Festung Saint-Malo » partageront les effets dévastateurs, elle échappe néanmoins au pire.
Le visiteur contemporain qui contemple ce lieu paisible se laissera aisément gagner par le « vague à l’âme », proche du Sehnsucht allemand et, suivant les traces de Flaubert, les admirateurs de Châteaubriand qui viennent lui rendre hommage en sa dernière demeure ne pourront que s’émerveiller de la majestueuse humilité de ce tombeau marin qui, à n’en point douter, est le plus romantique de tous.


N’hésitez pas à me laisser un commentaire, une suggestion ou un avis.