L’Envol des Mots

Philippe Béhin-Stroud, écrivain public.

« Grâce à vous, je crois au merveilleux. »

« Grâce à vous, je crois au merveilleux. »

Colette à l’industriel François Ducharne, qui lui donne l’usufruit de sa maison d’enfance en 1925.

Dans un précédent post, j’évoquais la maison de George Sand. Aujourd’hui, je souhaitais vous parler de la demeure d’une autre écrivaine qui fut elle-aussi en son temps et d’une certaine manière une féministe avant l’heure (quoiqu’elle s’en défendît) : Colette (née le 28 janvier 1873). Si la maison de son enfance revêt pour Sidonie-Gabrielle Colette comme pour George Sand une importance analogue, elle ne l’habitera que de manière discontinue. Cette maison si présente dans son œuvre qu’elle est un “personnage” en tant que telle, sera en effet l’une de ses demeures par deux fois.

Située 8 rue Colette (alors rue de l’hospice) à Saint-Sauveur-en-Puisaye dans l’Yonne, elle fut tout d’abord la demeure de ses parents, Sidonie Landoy et de Jules-Joseph Colette. Ce dernier, ancien militaire grièvement blessé et finalement amputé à la bataille de Melegnano (1859), est percepteur dans le bourg, poste qu’il a obtenu à titre de compensation pour son infirmité. Sa mère, Sidonie Landoy (« Sido ») l’a épousé en secondes noces. Sidonie-Gabrielle conservera toute sa vie la nostalgie de son enfance heureuse qu’elle partage avec son frère, Léopold et les deux autres enfants de sa mère, Juliette et Achille.

La visite s’avère passionnante. La maison, relativement grande, fait figure de maison bourgeoise dans ce coin de campagne bourguignonne. Une façade, assez sobre, donne sur la rue étroite qui la sépare d’un petit jardin qui en dépend. À gauche de l’édifice, on devine la chambre de Colette enfant qui donne sur cette rue. Rien n’a changé, ou presque, depuis la fin du XIXème siècle, et on est déjà transporté dans l’atmosphère de « la maison de Claudine ». Et de fait, Colette, décrira les lieux avec beaucoup de fidélité dans ce roman très autobiographique. Quand on gravit les quelques marches de l’escalier de pierre qui donne accès à la demeure, on découvre un intérieur très proche de ce qu’il a pu être il y a plus d’un siècle. Nombre d’objets sont revenus à la place qu’ils occupaient à l’époque où la femme de lettre l’habitait. C’est une association qui assure la gestion et la conservation de ce lieu passionnant qu’elle fait vivre avec beaucoup de pertinence, en partie grâce au « Cercle des amis et Mécènes » qui la soutient. Il est d’ailleurs possible de faire un don à cette association sur le site « La Maison de Colette » :

Nous soutenir – La Maison de Colette

L’intérieur est des plus intéressants et, le jour où je l’ai visitée, la guide était une véritable passionnée, citant volontiers des passages entiers de La Maison de Claudine, et d’autres romans dans lesquels le « personnage » qu’est la maison est présent. C’est toute la famille de Colette qui semble revivre le temps d’une visite. Les deux pièces qui m’ont peut-être le plus ému sont le bureau où on imagine volontiers la petite Sidonie-Gabrielle taquiner son père ou dévorer les livre de la bibliothèque, et sa chambre à coucher d’enfant, à côté de celle de ses parents. Certes, elle est incroyablement spartiate, mais on conçoit facilement qu’elle ait pu être une sorte de cocon pour la petite fille avide de lecture.

Toutefois, l’empreinte de Sido est sans doute plus grande encore. Cette mère aimée et à laquelle Colette doit tant en termes de qualités humaine et d’indépendance lui a donné le goût de la nature et de la liberté. À cet égard, c’est dans le merveilleux jardin, sorte de parc miniature qui se trouve derrière la maison, que plane encore le plus évidemment sa présence.

Colette y a passé les 18 premières années de sa vie. Une époque heureuse en dépit du caractère « grave et revêche » du bâtiment. Elle devra la quitter en 1891 du fait de difficultés financières de ses parents, mais, elle demeurera très attachée à ces lieux, à sa région également. Par miracle, bien des années plus tard, un admirateur de son œuvre, François Ducharne, rachètera la maison et en donnera l’usufruit à Colette en 1925.

En 2009, l’association « La Maison de Colette » peut la racheter et la restaure patiemment jusqu’à son ouverture au public en 2016.

Je ne saurais trop conseiller à tous les passionnés de Colette, et même aux simples curieux, d’aller à Saint-Sauveur en Puisaye pour découvrir ou redécouvrir ce monument de l’histoire littéraire française et passer un moment en compagnie de l’immense femme de lettre.

Pour plus d’information, voici le site, fort bien fait, de l’association :

La Maison de Colette

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