
« Ces souvenirs d’enfance ont eu le secret de m’attacher à la maison par des liens d’affection et de bien-être qui font que je ne m’en éloigne jamais sans pleurer de regret et que je n’y rentre point sans pleurer de joie.«
George Sand, Histoire de ma vie.





Vues de Nohant-Vic : l’église, la maison de George Sand, sa tombe, Hiver 2023.(Photos P. Béhin-Stroud)
Un détour par le Berry, l’occasion d’une petite visite à Nohant-Vic.
C’est bien sûr à George Sand que ce petit village doit sa renommée mondiale. La maison de l’immense écrivaine, dont on ne présentera pas l’œuvre ici, n’a guère changé. Bâtie à la fin de l’Ancien Régime par le gouverneur de Vierzon, elle est rapidement cédée à la Marie-Aurore Dupin de Francueil, la grand-mère paternelle d’Amantine Aurore Lucile Dupin.
Amantine Aurore Lucile Dupin, future George Sand, naît le 1er juillet 1804 à Paris. Son père, Maurice Dupin de Francueil, lui-même petit-fils du maréchal Maurice de Saxe (1696-1750), est un soldat de l’Empire. Enrôlé dans l’armée révolutionnaire en 1798, il traverse avec elle l’Europe entière, de l’Espagne à Königsberg. La brillante carrière militaire de ce cavalier (chasseur à cheval puis hussard) trouve une fin tragique loin des champs de bataille, à Nohant, à la suite d’une chute de cheval accidentelle, un comble ! Sa mère, Sophie-Victoire Delaborde, est la petite-fille d’Antoine Delaborde, un commerçant parisien.
En juillet 1808, Aurore, qui a passé ses primes années à Paris avec sa mère, découvre Nohant. Elle a quatre ans. Son père vient à peine de rentrer d’Espagne quand il décède violemment au mois de septembre. Elle est d’abord élevée par sa grand-mère, à la demande de celle-ci, puis quitte une première fois Nohant pour Paris à l’âge de 13 ans Elle y reste un peu plus de deux ans, pensionnaire au couvent des Filles-Anglaises de Paris, où elle doit “parfaire son éducation”.
Mme Dupin de Francueil, consciente des capacités intellectuelles d’Aurore attache une grande attention à l’éducation de sa petite-fille, et lui fait découvrir Jean-Jacques Rousseau. La jeune fille dévore la bibliothèque familiale. Rousseau, Montesquieu, Montaigne, Châteaubriand et bien d’autres façonnent son univers intellectuel. Rapidement, elle devient une femme d’une vaste culture. Mais un nouveau drame la frappe : sa grand-mère décède en 1821. Nohant devient alors sa propriété par héritage. Aurore se marie avec le baron Dudevant quelques mois plus tard. Le droit civil hérité de Napoléon confie dès lors la gestion du domaine de Nohant à son mari. La jeune baronne Dudevant donne naissance à deux enfants, un garçon d’abord, Maurice, en 1823 puis une fille, Solange, en 1828. M. Dudevant s’avère pourtant peu raffiné, rancunier, volontiers adultère, et sombre peu à peu dans l’alcool. La vie conjugale des époux se dégradera rapidement, jusqu’à une inéluctable séparation.
Les Trois Glorieuses amènent Aurore à s’engager en politique. Elle quitte Nohant pour Paris où elle mène une vie aventureuse et bohème (c’est à cette époque qu’elle obtient de la préfecture de Paris une « autorisation de travestissement » pour s’habiller en homme. En 1831 elle y rédige ses premiers écrits, des articles pour des journaux, et une ébauche de roman mise en forme par son ami Jules Sandeau, Rose et Blanche, plutôt bien accueilli, qui sera sa première publication. Puis en 1832, de retour à Nohant elle achève son premier vrai roman, Indiana sous le pseudonyme de G. Sand. La même année paraît Valentine, premier roman publié sous le pseudonyme qui passera à la postérité. George Sand partage alors sa vie entre Nohant et Paris, mais c’est bien à Nohant qu’elle aimera toute sa vie se réfugier pour écrire. Les chefs-d’œuvre se multiplient et peu à peu Nohant verra passer (et bien souvent réunira) parmi les plus grands noms du monde culturel de l’époque (Alfred de Musset, Franz Liszt, Frédéric Chopin, Honoré de Balzac, Eugène Delacroix, Pauline Viardot, Théophile Gautier, Gustave Flaubert, Alexandre Manceau, et bien d’autres encore). George Sand entretient aussi une abondante correspondance avec l’Europe entière depuis son cher Nohant.
La maison, le domaine qui l’entoure et les paysages du Berry sont l’une de ses principales sources d’inspiration.
C’est aussi en ces murs qu’elle décèdera le jeudi 8 juin 1876.
Sa tombe se trouve dans le petit cimetière du domaine, abritée par un bel if centenaire.
La visite est, pour tout dire un incontournable. Par ailleurs, elle n’est pas dénuée de surprises. C’est une immersion dans la vie de la « bonne dame de Nohan ». La visite guidée s’avère des plus intéressante et au hasard des pièces, on découvre (ou redécouvre) l’improbable vie de cette femme avant-gardiste et féministe avant l’heure. La pièce aménagée (et insonorisée) par elle au premier étage pour Frédéric Chopin est, quoique presque vide, très émouvante puisque Chopin y a joué et y a composé une part importante de son œuvre musicale.
Une exposition permanente des marionnettes créées par son fils Maurice est également fascinante et a été, pour moi, une vraie découverte. Il en va de même des théâtres aménagés pour celles-ci dans la maison. Le petit parc du domaine mérite qu’on y flâne un peu.
Je ne saurais trop conseiller à quiconque passe dans la région de faire le détour, il en vaut la peine.

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